La grande dame de la physiothérapie

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03 novembre 2014 / Par / 0 Commentaire

Carol L. Richards fait partie de cette catégorie de gens pour qui une porte fermée ne représente pas un obstacle à sa route. Et du chemin, la fille d’Alma en a fait depuis ses études en physiothérapie à l’Université McGill à la fin des années 60.

Véritable pionnière dans son domaine, elle a cumulé les diplômes et s’est engagée corps et âme dans diverses organisations afin de faire rayonner le domaine de la recherche. Son travail a laissé une marque indélébile sur la réadaptation telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Fière physiothérapeute et fervente défenseure, Carol L. Richards a accepté de se livrer en entrevue au magazine Parallèle lors de l’événement Physiothérapie 360 où elle a officiellement reçu le prix Carrière remarquable de l’OPPQ.

Parallèle : Qu’est-ce que ça vous fait de savoir que le prix Carrière remarquable portera votre nom dès l’an prochain?

Carol L. Richards : Quand je l’ai su, j’étais vraiment bouche bée. J’en suis très fière. Vous savez, moi je suis très respectueuse des pionniers qui sont passés avant moi. Que mes collègues décident de m’honorer comme ça, c’est une reconnaissance extraordinaire. Souvent nul n’est prophète dans son pays, surtout que ça vient de mes collègues proches c’est encore plus valorisé.

Parallèle : À l’aube de votre carrière, que pouvez-vous dire de la relève actuelle en physiothérapie?

CLR : Je sais maintenant qu’il y a une relève extraordinaire, nous avons vraiment bâti une fondation très forte. Je crois que les gens vont pouvoir continuer et développer encore plus. Les jeunes maintenant ont une opportunité incroyable, car ils ont accès à tout parce que toutes les portes sont ouvertes. On a une très bonne relève qui enseigne aux futurs cliniciens. Si la relève universitaire est bonne, la relève clinicienne devrait continuer de s’améliorer. Avec la nécessité d’avoir une maîtrise, cela fait des cliniciens plus avertis, plus ouverts à la littérature et aux bonnes pratiques, et qui posent de bonnes questions.

Parallèle : Malgré tous les chapeaux professionnels que vous avez portés, vous avez toujours porté fièrement celui de physiothérapeute. Ressentez-vous un manque de communauté, un manque de fierté d’être physiothérapeute au Québec?

CLR : Celle-là je ne la comprends pas! À la fin des années 90, j’ai donné une conférence où j’ai soulevé le même problème. Et ça me choquait de voir que des physiothérapeutes à la minute où ils avaient un doctorat en neuroscience, ils devenaient neuroscientifiques ou s’ils devenaient administrateurs, ils s’appelaient gestionnaires. Je ne comprenais pas et je ne comprends toujours pas. Il y a des professeurs d’université qui sont engagés pour enseigner la physiothérapie, parce qu’ils sont physiothérapeutes et ils ne sont même pas membres de l’Ordre! Je dirais qu’ils ne devraient pas avoir le droit d’enseigner.

Parallèle : Vous qui avez voyagé et donné des conférences partout dans le monde, est-ce le même constat ailleurs?

CLR : Si je compare ailleurs, je peux dire qu’aux États-Unis c’est à outrance, mais dans l’autre sens, c’est trop. Ils sont les “best in the West”. C’est tellement trop qu’ils reconnaissent moins leurs membres qui travaillent en interdisciplinarité et qui ont un impact sur les autres professions, comme si ce n’était pas de la vraie physiothérapie. Au Canada, on a voulu se développer comme une science clinique qui était au même diapason que les autres sciences. Par exemple, les fonds auxquels les physiothérapeutes ont accès pour la recherche sont des fonds interdisciplinaires, ce ne sont pas des fonds exclusivement réservés aux physios. Tandis qu’il y a des fonds seulement pour les infirmières ou pour les dentistes. On n’a jamais voulu ça. Nous sommes assez bons pour compétitionner avec n’importe qui et cela fait que nos scientifiques sont très forts et respectés par les autres sciences. Le monde de la réadaptation et du développement depuis les 20 dernières années, c’est beaucoup grâce aux physios par le développement des mesures, la recherche clinique et la recherche fondamentale sur la motricité. Cela a ouvert des portes, tellement que maintenant on a des physiothérapeutes scientistes reconnus sur l’imagerie du cerveau!

Parallèle : Selon vous, quels sont les enjeux à venir pour la physiothérapie?

CLR : Il va avoir de moins en moins d’argent. Il faut repenser à l’organisation de notre travail. Il ne faut pas passer des heures dans une journée à s’organiser. Il faut passer le plus de temps possible avec le patient pour pousser la récupération le plus possible. C’est prouvé, dans les pays où les thérapeutes passent trop de temps sur les rapports et sur l’organisation du travail, les patients récupèrent moins bien que dans les endroits ou un organisateur fait ces tâches. Les professionnels devront faire plus avec moins. On va devoir augmenter le temps de thérapie. C’est là qu’il faudra penser à inclure d’autres professionnels, comme des kinésiologues.

Parallèle : Et votre rapport que vous allez présenter au ministre de la Santé dans tout ça? Avec la loi 10, quels impacts croyez-vous qu’il aura sur l’organisation des services de réadaptation chez la clientèle post-AVC?

CLR : Tout ce que j’ai présenté c’était avant la loi 10. Ce que la loi 10 va faire, on est en train de le découvrir. Nous allons présenter notre rapport avant Noël, en fait vers la fin novembre. Je ne sais pas comment il sera reçu, mais j’ai entendu dire que Dr Barrette était très pro réadaptation… On verra.

Le 25 octobre, lors de l’événement Physiothérapie 360 Mme Richards présentait le rapport du Comité d’experts du MSSS qu’elle présidait portant sur les trajectoires de services en réadaptation post-AVC. Ce rapport propose de doter le Québec d’un meilleur continuum de soins pour cette clientèle tout en adoptant un véritable virage ambulatoire permettant d’optimiser la réadaptation et l’intégration des personnes ayant subi un AVC.

 

Sa carrière en bref

B.Sc. de physiothérapie, Université de McGill, 1969

M.Sc. Rehabilitation Medicine, Université de Saskatchewan, 1972

Fellow pré-doctoral, Département de Neurophysiologie Clinique, Stockholm, Suède, 1972-74

Ph.D. Experimental Surgery, Université de McGill, 1980

Directrice et fondatrice du Département de physiothérapie à l’Université Laval, 1987

Directrice et fondatrice du Réseau provincial de recherche en adaptation-réadaptation (REPAR) et du Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS), 1994-2003

Titulaire de la chaire de recherche en réadaptation du Canada, 2002 à 2008

Directrice à l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec IRDPQ, 2000 à 2010

Membre du Conseil d’administration des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), 2002 à 2008.

Membre du Conseil d’administration du Centre d’excellence NeuroDevNet et de l’Ontario Neurotrauma Foundation.

Professeure titulaire au département de réadaptation de la Faculté de médecine, Université Laval.

Titulaire de la chaire de recherche en réadaptation du Canada en paralysie cérébrale, Université Laval

Chercheuse au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS)

 

Reconnaissances et distinctions

Prix Femme de mérite, catégorie Science, technologie et santé du YWCA de Québec, 2000

Doctorat honorifique de l’Université d’Ottawa, 2001

Prix Enid Graham Memorial Lectureship de l’Association canadienne de physiothérapie, 2004

Prix Jonas Salk du Ontario March of Dimes, 2005

Officier de l’Ordre du Canada, 2009

Doctorat honorifique de l’Université de Sherbrooke, 2012

Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II, 2013