L’adhésion aux traitements : talon d’Achille en physio?

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23 octobre 2014 / Par / 0 Commentaire

L’adhésion aux traitements constitue le Saint-Graal de la réadaptation. Le président de la Fédération des cliniques privées en physiothérapie du Québec, Pascal Gagnon, s’intéresse vivement au phénomène. Parallèle l’a rencontré au 5e rendez-vous des maladies chroniques, peu après sa conférence.

Parallèle : Quelle est l’ampleur de la non-adhésion aux traitements en physiothérapie ?

Pascal Gagnon : La non-adhésion, c’est une des barrières principales à l’efficacité des traitements et ce sujet fait l’objet de multiples études. Jusqu’à 65 % de nos patients ne suivraient pas leur programme d’exercices à domicile.

Pour les patients qui souffrent d’arthrose, par exemple, il est reconnu que c’est un obstacle majeur à une bonne gestion de la douleur et au maintien fonctionnel. Dans le cas des lombalgies chroniques, les patients qui suivent les recommandations et qui font leur programme d’exercice ont deux fois plus de chance d’obtenir une amélioration de leur condition.

Je pense que comme professionnels, on met l’accent beaucoup sur les techniques et les connaissances, mais on ne s’intéresse peut-être pas assez à cet aspect-là. Selon l’Organisation mondiale de la santé, une augmentation de l’adhésion aux interventions aurait un plus grand impact que n’importe quelle autre avancée de traitement spécifique.

 

Le président de la FCPPQ, Pascal Gagnon. Photo: Magazine Parallèle.

Le président de la FCPPQ, Pascal Gagnon. Photo: Magazine Parallèle.

Parallèle : Croyez-vous que les échecs thérapeutiques par manque de compliance peuvent avoir un impact sur la perception du public à propos des professionnels de la physiothérapie ?

PG : Absolument. En clinique, j’aborde souvent avec les nouveaux physiothérapeutes l’importance de faire revenir le patient pendant quelques traitements, idéalement au moins six. Je me fais souvent répondre que c’est parce que l’on veut « faire du cash », mais la vraie raison est plutôt parce que si le patient ne revient pas, le professionnel n’a aucune chance de réussir son traitement.

Il se peut très bien que ce patient-là raconte à son entourage qu’il a fait de la physio, mais que ça ne marche pas. C’est le genre de bouche à oreille qui nuit à notre profession et la compétence du thérapeute n’a rien à voir là-dedans. Paradoxalement, on parle rarement de cette problématique et ça ne fait pas vraiment partie de notre formation. Il n’y a pas de recette, il faut être à l’écoute de nos patients et s’adapter.


Parallèle : Les physiothérapeutes et les TRP subissent de plus en plus de pression pour augmenter la productivité dans les milieux cliniques, autant en privé qu’en public. Il semble donc difficile d’obtenir du temps pour discuter avec les clients et tenter de les comprendre.

PG : C’est vrai qu’on subit de la pression, mais il y a tout de même quelques éléments-clés qui permettent d’améliorer notre intervention et qui ne prennent pas plus de temps.

Il ne faut pas hésiter à valider les connaissances de nos clients. Quand on demande de reformuler, les réponses sont souvent surprenantes. Ce n’est pas le cas de tout le monde, mais certains clients ont besoin de comprendre ce qu’ils font pour donner un sens à leur thérapie. C’est notre rôle d’expliquer.

C’est payant aussi d’être clair dans le laps de temps quand on parle du pronostic. Souvent, les professionnels de la physiothérapie sont clairs avec les consignes et l’évolution pour la première semaine, et plus tard on n’en parle pas. Si on s’attend dès le départ à une évolution lente chez un patient qui a une douleur chronique par exemple, c’est important de le dire clairement parce qu’il risque d’arrêter sa réadaptation au bout d’une semaine ou deux parce qu’il trouve que ses gains ne sont pas à la hauteur de ses attentes.

Personnellement, je me garde 10 minutes à la fin d’une évaluation pour aborder le pronostic, le plan de traitement à court/moyen terme et répondre aux questions. Mon client ne ressort jamais de mon bureau sans avoir de la documentation écrite, soit sur sa problématique ou sur le programme d’exercices.

5e Rendez-vous des maladies chronique au Palais des congrès à Montréal.

5e Rendez-vous des maladies chroniques au Palais des congrès à Montréal. Photo: Magazine Parallèle.

Parallèle : On a parfois l’impression que d’autres professionnels, comme les chiropraticiens ou les ostéopathes, sont plus performants au niveau du marketing que les professionnels de la physiothérapie. Qu’en pensez-vous ?

PG : Ça se peut. Un sondage Léger Marketing auprès de 1000 Québécois, commandé par l’Ordre professionnel de la physiothérapie en 2011, est fascinant à ce sujet.

L’enquête avait pour but de connaitre la perception du public sur les physiothérapeutes comparativement aux autres professionnels dans le même domaine. Lorsqu’on demande d’associer les termes « compétence », « efficacité du traitement » et « soins de qualité », les physiothérapeutes se démarquent de beaucoup comparativement aux chiropraticiens, aux ostéopathes, aux thérapeutes du sport ou aux kinésiologues.

Une fois consultés cependant, les autres professionnels voient leur perception positive rattraper celle des physiothérapeutes. L’éducation est donc payante, et d’autres professionnels s’en servent. À nous de faire de même.