Greffés cardiaques : Prescrire les bons exercices

Entrainement_cardiaque_optimise_final
02 octobre 2014 / Par / 0 Commentaire

La clientèle des greffés cardiaques peut être intimidante, mais quelques principes de bases suffisent afin de prescrire un entrainement optimal et sécuritaire à ces patients de plus en plus susceptibles de recourir aux services de réadaptation.

On estime à plus de 5000 le nombre de transplantations cardiaques dans le monde chaque année, majoritairement en Amérique du Nord. L’entrainement physique est essentiel aux greffés afin de lui permettre de reprendre et de maintenir une vie normale après la chirurgie.

Il faut toutefois admettre que les connaissances quant aux paramètres optimaux à l’entrainement demeurent limitées quand vient le temps d’aborder les greffés du coeur. Les taux de survies encourageants et la fréquence de cette intervention chirurgicale poussent toutefois les chercheurs à s’intéresser de plus en plus aux greffés cardiaques et de récentes études apportent un éclairage nouveau sur les paramètres d’entrainement adaptés aux greffés.

Le bon type d’exercices

Une intensité d’effort sous les 60 % du VO2max constitue la recommandation la plus fréquente. Il est démontré que l’entrainement aérobique permet d’augmenter significativement le VO2max et la tolérance à l’effort chez le greffé cardiaque, et ce, sans augmenter les risques d’infection ou de rejet.

Plusieurs travaux scientifiques ont aussi mis en lumière les bénéfices liés à l’entrainement en force après la chirurgie, puisque celui-ci permet de renverser partiellement la myopathie stéroïdienne qu’entraine la médication antirejet. Le renforcement permet un certain retour en arrière sur les modifications des fibres musculaires survenues lors de l’insuffisance cardiaque chronique avant la chirurgie.

La force du quadriceps d’un greffé cardiaque de 51 ans sans entrainement serait comparable à celle d’un homme sédentaire de 70 ans ! Le renforcement musculaire s’avère donc important.

Un programme d’exercice optimal destiné au greffé cardiaque devrait donc inclure un entrainement aérobique, en plus d’exercices de renforcement.

Une revue de la littérature publiée en 2011 suggère d’attendre 6-8 semaines avant de soumettre le receveur à un effort maximal. Ce délai favoriserait la guérison et l’implantation du nouveau coeur. Il pourrait parfois être nécessaire d’attendre plus longtemps en présence de complications comme un rejet ou une infection.

Il est aussi conseillé d’attendre la guérison de la sternotomie avant d’entreprendre un programme d’exercices de renforcement des membres supérieurs afin d’éviter les risques de déhiscence.

Surveiller les bons paramètres

Au cours de la greffe cardiaque, le coeur transplanté subit une dénervation. La greffe cardiaque nécessite une réanastomose des vaisseaux sanguins au moment d’implanter le nouveau coeur, mais les techniques chirurgicales actuelles ne permettent pas de faire de même avec les afférences du système nerveux autonome. Sans innervation sympathique et parasympathique, le muscle cardiaque du greffé est isolé.

À lire aussi: Coeur autonome - Comprendre la transplantation cardiaque

Pour le docteur en physiologie de l’exercice de l’Institut de cardiologie de Montréal, Mathieu Gayda, mesurer la fréquence cardiaque à l’entrainement chez le greffé ne sert à rien : « Un coeur greffé, qui est dénervé, ne répondra pas à l’exercice par une augmentation classique de la fréquence cardiaque, explique le spécialiste qui travaille au Centre d’entrainement physique de l’institut (EPIC). Cette mesure ne donne aucune indication sur le travail effectué par le muscle cardiaque. »

Mathieu Gayda a travaillé à l’élaboration des protocoles d’entrainement dédiés à la clientèle du centre EPIC. Pour le spécialiste, la mesure d’intensité à l’effort chez le greffé cardiaque passe par l’utilisation de l’échelle de Borg lors de la course ou de la marche rapide. Avec sa clientèle de greffés, les professionnels du centre visent une intensité maximale entre 15 et 16 tout au plus sur l’échelle de Borg.

« On utilise aussi les indications d’intensité sur nos appareils comme les vélos stationnaires ou les steps, puisque ces appareils mesurent le travail en temps réel. Ce sont des mesures fiables et objectives qui permettent de progresser l’entrainement graduellement. »

La clientèle du centre EPIC est constituée de patients stables au plan médical. La plupart ont été greffés il y a plusieurs années.

Après la salle de réveil

Les bienfaits de l’entrainement sont démontrés pour les greffés de longue date, mais qu’en est-il de la réadaptation alors que le patient se trouve toujours au centre hospitalier ?

De rares publications traitent de la réadaptation dans les heures suivant la greffe. Une revue de la littérature publiée dans le Progress in Cardiovascular Deseases en 2011 recommande de mobiliser les patients tout de suite après l’extubation, généralement le lendemain de la transplantation.

À ce stade, il semble à tout le moins sécuritaire d’amorcer un programme de mobilité passive des membres supérieurs et inférieurs, en plus de séances au fauteuil et de marche sur courte distance. L’entrainement sur ergocycle pourrait aussi être débuté par tranches de 20 ou 30 minutes, selon tolérance.

L’étude suggère de plus une intensité d’effort perçu à l’échelle de Borg qui se situe entre 11 et 13, tout en maintenant la respiration sous la barre des 30 par minute et la saturation au-delà des 90 %. L’auteur recommande une fréquence d’entrainement de 2-3 sessions par jour.

En cas de rejet modéré du greffon, la revue suggère de poursuivre l’entrainement, mais d’attendre la fin de l’épisode avant de progresser l’effort. L’activité physique devrait être cessée lors d’un rejet sévère, mais les mobilisations passives peuvent toutefois être poursuivies de façon sécuritaire, toujours selon les travaux.

Lors d’un retour à la maison sans complication, il serait tout de suite possible de débuter un programme d’exercice et celui-ci devrait idéalement se faire sous supervision à raison de 3x/sem. L’étude recommande de poursuivre l’entrainement de façon autonome à la même fréquence.

Somme toute, l’entrainement du greffé cardiaque ressemble beaucoup à celui des autres chirurgies cardiaques. Il faut toutefois garder à l’esprit que la fréquence cardiaque ne constitue pas une mesure fiable de l’intensité à l’effort et se fier plutôt à l’effort perçu lors de la marche et de la course. Les mesures fournies sur les appareils d’entrainement cardio-vasculaires sont un outil précieux pour progresser le programme d’exercice, lorsque celles-ci sont disponibles.

 

Pour en savoir plus

- Squires R, Exercise Therapy for Cardiac Transplant Recipients, Progress in Cardiovascular Diseases 53 (2011) 429–436

– Notarius C et Al., Cardiac versus noncardiac limits to exercise after heart transplantation, American Heart Journal, Feb 1998, pp 339-348

– Tegtbur et Al., Time Course of Physical Reconditioning During Exercise Rehabilitation Late After Heart Transplantation, The Journal of Heart and Lung Transplantation Volume 24, Number 3, pp 270-274

– Dall C et al., Effect of High-Intensity Training Versus Moderate Training on Peak Oxygen Uptake and Chronotropic Response in Heart Transplant Recipients: A Randomized Crossover Trial, American Journal of Transplantation 2014; XX: 1–9

– Scott M et al., Cardiovascular responses to incremental and sustained submaximal exercise in heart transplant recipients, Am J Physiol Heart Circ Physiol 296: H350–H358, 2009.

– Marconi C, Marzorati M, Exercise after heart transplantation, Eur J Appl Physiol (2003) 90: 250–259

– Braith R et al., Effect of Resistance Exercise on Skeletal Muscle Myopathy in Heart Transplant Recipients, The American Journal of Cardiology Vol. 95 May 15, 2005