Le Tai-chi comme adjuvant à la physiothérapie

Adeptes du Tai chi. Photo: Doug Hay
10 août 2014 / Par / 0 Commentaire

En plus de réduire le risque de chute chez la personne âgée, il améliorerait le sommeil et les capacités fonctionnelles. Nouvelle coqueluche de la communauté scientifique, le Tai-chi attire depuis plusieurs années l’attention des chercheurs internationaux, qui y voient un élément de plus dans l’arsenal de la réadaptation. Parallèle fait le point sur les connaissances de cet art traditionnel chinois.

L’origine exacte de cet art martial chinois demeure nébuleuse, mais remonte vraisemblablement au XVIe siècle en Chine. Il fait aujourd’hui partie de la médecine traditionnelle chinoise et compte plusieurs millions d’adeptes, principalement en Asie.

Le tai-chi était au départ une technique de combat, mais il a aujourd’hui grandement évolué pour reposer principalement sur l’exécution de routines de mouvements. Ceux-ci sont le plus souvent lents, mais exécutés avec une grande précision. Cette activité fait aussi appel à des transferts de poids aux membres inférieurs, ainsi qu’à des mouvements rotatoires des membres supérieurs.

Puisque l’expression « tai-chi » découle d’une transcription phonétique approximative de caractères chinois, il est courant de retrouver les expressions « taï-chi », « taichi », ou « tai-chi-chuan ». Peu de gens savent toutefois que l’adaptation officielle des idéogrammes chinois pour cet art martial est « Tai Ji Quan ».

Au Québec, on assiste à la multiplication des écoles de tai-chi principalement en régions urbaines. Sa popularité croissante rend la pratique de cette activité de plus en plus accessible dans la province.

Un intérêt scientifique

L’intérêt des chercheurs occidentaux pour le tai-chi remonte aux années 1990 et s’est intensifié au cours de la dernière décennie.

Plusieurs formes de tai-chi ont donc été étudiées afin d’en mesurer les effets auprès d’une multitude de clientèles, allant des personnes âgées aux patients cardiaques, en passant par les femmes ayant survécu à un cancer du sein.

Une quinzaine de méta-analyses et plusieurs revues systématiques publiées entre 2004 et en 2014 apportent un éclairage sur l’efficacité de la pratique du tai-chi chez plusieurs clientèles.

Une équipe de chercheurs de l’Université de Sherbrooke s’est d’ailleurs penchée en 2013 sur l’efficacité d’un programme supervisé de tai-chi par rapport à un programme de physiothérapie gériatrique conventionnel pour la prévention des chutes chez la personne âgée.

Adeptes de Tai-chi. Photo: Steven Depolo

Adeptes de Tai-chi. Photo: Steven Depolo

Suite à l’analyse de données provenant de 152 personnes âgées, l’équipe sherbrookoise conclut que la pratique de l’art martial chinois est une alternative efficace aux exercices d’équilibre classiques utilisés en physiothérapie individualisée, pour les personnes âgées vivant à domicile ou déconditionnées afin de réduire leur risque de chute.

L’équipe recommande toutefois une thérapie individuelle pour les sujets très déconditionnés, puisque ceux-ci pourraient avoir du mal à suivre les cours de groupe.

Pour les chercheurs de l’Université de Sherbrooke, pratiquer le Tai-chi permet de faciliter l’intégration sensorimotrice lors de l’exécution des mouvements, et la préparation de tâches lors de perturbation du centre de masse.

L’activité permettrait aussi de favoriser les fonctions cognitives avec l’apprentissage et la répétition des routines. Fait non négligeable, le Tai-chi a permis d’augmenter l’adhésion au programme d’exercice chez certains patients.

Des méta-analyses portant sur la clientèle âgée ont pu démontrer que le Tai-chi diminue la peur de chuter et réduit le nombre de chutes dans les mois suivant la pratique de l’activité. Une méta-analyse publiée en 2013 met en évidence une amélioration de la douleur chez les patients souffrant d’ostéoarthrite du genou, alors qu’une autre publiée en 2011 suggère un effet positif sur la force musculaire des membres inférieurs.

D’autres travaux de recherche semblables suggèrent que le Tai-chi pourrait faire partie du programme de réadaptation pour les patients atteints d’insuffisance cardiaque. D’autres résultats préliminaires rapportent quant à eux un effet positif chez les patients atteints de MPOC.

Bien magasiner

Contrairement à la croyance populaire, le tai-chi se décline en plusieurs styles, qui comportent chacun plusieurs variations. Certains styles mettent l’accent sur la spiritualité alors que d’autres adoptent des postures de combat. Il faut donc choisir la forme de tai-chi la mieux adaptée aux goûts et à la condition physique des participants.

Pour le directeur technique de l’Institut national de médecine chinoise, Fabrice Piché, assister à une séance et s’informer auprès des responsables demeure le meilleur moyen de choisir un cours qui correspond à ses besoins. Au Québec, les cours de tai-chi peuvent être individuels ou en groupe et se donnent généralement dans les centres de loisirs, les centres sportifs ou les centres spécialisés.

Guillemets-entrantsLes cours donnés dans les centres de loisirs ou sportifs comme les YMCA se concentrent généralement sur l’aspect physique et moins sur l’aspect spirituel. Dans un contexte de réadaptation, je recommande de trouver un professeur qui possède des notions de biomécanique. Il faut magasiner. Guillemets-sortants

- Fabrice Piché.

Le style dit « Yang » demeure celui qui est le plus largement répandu en occident. Ce dernier ne comporte pas de sauts ni de mouvements brusques, et peut être pratiqué par des personnes de tout âge. Les routines effectuées dans le style yang peuvent contenir 24, 37 ou 85 mouvements et l’exécution des routines prend de 10 à 30 minutes.

Il n’existe toujours pas de bottin centralisé des ressources disponibles au Québec. Il faut donc contacter directement les écoles.

Le Tai-chi présente donc de nombreux avantages, particulièrement avec la clientèle âgée. Puisque la pratique de cette activité n’est toutefois pas règlementée au Québec, il importe de bien se renseigner sur les écoles et sur le type de cours offerts. Demander des références et poser des questions sur les professeurs demeure le meilleur moyen de pratiquer cette activité de manière sécuritaire pour ainsi en obtenir tous les bienfaits.

Pour en savoir plus

- Michel Tousignant, Hélène Corriveau, Pierre-Michel Roy, Johanne Desrosiers, Nicole Dubuc & Réjean Hébert, Efficacy of supervised Tai Chi exercises versus conventional physical therapy exercises in fall prevention for frail older adults: a randomized controlled trial, Disability & Rehabilitation, 2013; 35(17): 1429–1435

– Hao Liu, Adam Frank, Tai Chi as a Balance Improvement Exercise for Older Adults: A Systematic Review, (J Geriatr Phys Ther 2010;33:103-109.)

– Passeport Santé, Le tai-chi, qu’est-ce que c’est?, http://www.passeportsante.net/fr/Therapies/Guide/Fiche.aspx?doc=tai_ji_quan_th, consulté le 2014-07-30

– Yan J-H, Guo Y-Z, Yao H-M, Pan L (2013) Effects of Tai Chi in Patients with Chronic Obstructive Pulmonary Disease: Preliminary Evidence. PLoS ONE 8(4): e61806. doi:10.1371/journal.pone.0061806

– Inge H.J. Logghe, Arianne P. Verhagen, Arno C.H.J. Rademaker, Sita M.A. Bierma-Zeinstra, Erik van Rossum, Marjan J. Faber, Bart W. Koes, The effects of Tai Chi on fall prevention, fear of falling and balance in older people: A meta-analysis, Preventive Medicine 51 (2010) 222–227

– Ruth E. Taylor-Piliae, PhD, RN,Tiffany M. Hoke, MSN, CNRN,Joseph T. Hepworth, PhD,L. Daniel Latt, MD, PhD,Bijan Najafi, PhD,Bruce M. Coull, MD, Effect of Tai Chi on Physical Function, Fall Rates and Quality of Life Among Older Stroke Survivors, Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 2014;95:816-24

– R. Lauche, J. Langhorst, G. Dobos, H. Cramer, A systematic review and meta-analysis of Tai Chi for osteoarthritis of the knee, Complementary Therapies in Medicine (2013) 21, 396—406

– Liu B, Liu ZH , Zhu HE, Mo JC, Cheng DH, Effects of tai chi on lower-limb myodynamia in the elderly people: a meta-analysis, Journal of Traditional Chinese Medicine 31(2):141-6, 2011 Jun 31(2):141-6, 2011 Jun

– Park M, Song R, Effects of Tai Chi on fall risk factors: a meta-analysis, Journal of Korean Academy of Nursing 43(3):341-51, 2013 Jun43(3):341-51, 2013 Jun