Pratiques avancées: qu’en pensent les Québécois?

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19 septembre 2014 / Par / 0 Commentaire

Collaboration de François Desmeules, pht, professeur à l’École de Réadaptation de l’Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. 

Les physiothérapeutes en pratique avancée ont démontré leur efficacité pour la prise en charge de personnes aux prises avec un trouble musculosquelettique. Depuis quelques années, ces nouveaux modèles de soins voient aussi le jour au Québec. Le phénomène est nouveau. Qu’en pensent les Québécois? Auront-ils confiance dans le diagnostic et les traitements prodigués par un physiothérapeute? Sont-ils prêts à être pris en charge par un physiothérapeute en pratique avancée plutôt que par un médecin?

 

L’accès à des soins de santé de qualité dans des délais opportuns est un problème important de notre système de santé au Québec. Malgré la mise en place de nouvelles politiques de soins et l’allocation de ressources supplémentaires, les temps d’attente pour voir un médecin de famille, un orthopédiste ou encore pour subir une chirurgie orthopédique demeurent importants.

Dans d’autres pays et autres provinces au Canada, la pratique avancée en physiothérapie a permis d’améliorer l’accessibilité aux soins. Dans ces nouveaux modèles, le physiothérapeute est un intervenant autonome qui peut poser un diagnostic médical, prescrire certaines médications, demander et interpréter des tests d’imagerie ou de laboratoire et effectuer le triage des candidats pour une chirurgie orthopédique.

Historiquement, les physiothérapeutes en pratique avancée ont été surtout déployés pour appuyer le travail des orthopédistes, mais plusieurs modèles similaires pour les soins primaires (urgence et groupes de médecine de famille) sont aussi maintenant en développement. Plusieurs études à l’extérieur du Québec ont démontré qu’avec un physiothérapeute en pratique avancée on améliore la qualité de la prise en charge chez ces patients.

Projet québécois

Notre équipe a récemment publié des résultats très concluants sur la validité de la première expérience pilote au Québec impliquant un physiothérapeute en pratique avancée à la clinique d’orthopédie de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.

À l’intérieur du projet pilote, nous avons mesuré la satisfaction des patients face aux traitements reçus et les résultats démontraient que les participants étaient très satisfaits. De plus, aucun patient n’a refusé d’être pris en charge par le physiothérapeute en pratique avancée lors du projet. Nous désirions donc maintenant connaitre la perception d’un échantillon plus grand de la population québécoise quant aux pratiques avancées en physiothérapie.

Sous ma supervision et celle de Jean-Sébastien Roy, pht., Ph. D., professeur au département de réadaptation de l’Université Laval, deux étudiants à la maitrise professionnelle au programme de physiothérapie de l’École de réadaptation de l’Université de Montréal, Julie Thibault et Vincent T. Ciccone, ont réalisé un sondage en ligne auprès des membres de la communauté universitaire de l’Université Laval à Québec.

Le sondage avait pour but de connaitre les perceptions quant à la pratique avancée en physiothérapie, ainsi que les perceptions quant aux compétences du physiothérapeute dans son rôle usuel pour le traitement de troubles musculosquelettiques. Un peu plus de 500 étudiants, professeurs et membres du personnel ont répondu à l’appel cet hiver.

Les résultats

Premier constat, les gens sont extrêmement favorables aux pratiques avancées en physiothérapie pour le traitement de troubles musculosquelettiques (cervicalgie, lombalgie, entorse, tendinite ou douleurs articulaire ou musculaire) : 90 % des répondants sont favorables à l’implantation de physiothérapeutes en pratiques avancées au Québec et 96 % des répondants considèrent que ces modèles de soins seraient sécuritaires.

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Photo: Magazine Parallèle

Un des facteurs expliquant potentiellement ces résultats, est la confiance que les gens ont déjà avec les physiothérapeutes dans leurs rôles usuels. En effet, 91 % des répondants disent avoir confiance aux traitements des physiothérapeutes dans leurs rôles actuels et 84 % des personnes qui avaient récemment reçu des soins d’un physiothérapeute, sont satisfaites de ces soins.

Près de 85 % des répondants rapportent que la capacité d’un physiothérapeute dans son rôle usuel à poser un diagnostic pour un trouble musculosquelettique est, selon eux, équivalente ou sinon meilleure que celle d’un médecin de famille ou d’un urgentologue.

Malgré ce constat, plus du tiers des répondants consultent un médecin en premier lieu pour obtenir un diagnostic et des soins pour un trouble musculosquelettique. Bien que nous n’ayons pas demandé dans le cadre du sondage la raison spécifique qui pousse les gens à rencontrer en premier lieu leur médecin, 12 % des répondants croient qu’il est encore nécessaire d’obtenir une référence médicale avant de consulter un physiothérapeute, alors qu’un autre 11 % ne sait pas qu’un physiothérapeute peut être consulté en accès direct.

Par ailleurs, 30 % de nos répondants ont voulu obtenir un test d’imagerie pour bien confirmer leur diagnostic ou les rassurer. Autre fait intéressant, 90 % des répondants croient toutefois qu’il n’est pas toujours nécessaire de prendre des médicaments sous ordonnance pour traiter leur trouble musculosquelettique.

Une grande majorité, 75 %, des personnes sondées se sont dites confiantes ou très confiantes d’être prises en charge par un physiothérapeute en pratiques avancées, sans avoir à rencontrer un médecin. 73 % se sont dites confiantes ou très confiantes qu’un physiothérapeute en pratique avancé les réfèrerait au médecin si leur condition de santé l’exigeait.

Délégation d’actes médicaux

Quant à la délégation d’actes médicaux pour augmenter l’autonomie du physiothérapeute en pratique avancée, plus de 90 % de nos répondants sont favorables à la délégation du diagnostic médical, à la prescription d’imagerie, au triage des candidats pour chirurgie et à la prescription d’analgésiques et d’anti-inflammatoires.

Seul acte médical pour lequel les répondants ont exprimé plus de réserves: les injections articulaires. 20 % des répondants ne sont pas favorables à la délégation de cet acte. En terme d’accessibilité aux soins, la majorité des répondants pensent que la pratique avancée en physiothérapie pourrait aider à diminuer les temps d’attente dans notre système de santé.

Il faut tout de même demeurer prudent quant à la généralisation de ces résultats à l’ensemble des Québécois, puisque le sondage a été réalisé auprès de gens appartenant à une communauté universitaire.

Nous pensons toutefois qu’il s’agit de données fort encourageantes, qui tendent à supporter l’implantation des pratiques avancées en physiothérapie au Québec.

Si nos données révèlent que la population est peu familière avec la physiothérapie en pratique avancée, tout porte à croire que, comme pour les infirmières praticiennes, les gens sont ouverts à ces changements dans notre système de santé.

Par ailleurs, il semble que le rôle actuel du physiothérapeute ne soit pas toujours bien compris de la population et le réflexe de consulter un médecin en première ligne demeure bien ancré chez certains répondants. Ce constat est probablement en lien aussi avec le fait que tous n’ont pas accès à des assurances pour couvrir les frais associés aux services d’un physiothérapeute.

Finalement, nos résultats suggèrent qu’il soit bénéfique de mieux informer les Québécois sur leur problème de santé et sur la pertinence d’avoir toujours recours à des tests d’imagerie pour confirmer un diagnostic.