Le TENS est-il utilisé à son plein potentiel en physiothérapie?

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16 octobre 2014 / Par / 0 Commentaire

Collaboration de Lauriane Dubois, candidate M.Sc., Katherine Montpetit-Tourangeau, pht, M.Sc. et Joseph-Omer Dyer, pht, PhD professeur à l’École de Réadaptation de l’Université de Montréal.

Les patients peuvent facilement se procurer les appareils de TENS en ligne, en pharmacie ou par le biais de professionnels de la santé. Ces appareils sont peu couteux, polyvalents et facilement utilisables à domicile. Cependant, malgré ces atouts, cette modalité antalgique serait sous-utilisée, voire même appliquée inadéquatement en physiothérapie.

Selon un sondage réalisé en 2007 auprès de physiothérapeutes ontariens travaillant en clinique externe, seulement 29% utiliseraient le TENS régulièrement. De ce pourcentage, la moitié se baseraient sur leur expérience clinique plutôt que sur les évidences scientifiques dans l’application de cette modalité. De plus, l’utilisation de l’électrothérapie augmenterait avec le nombre de patients traités à l’heure.

Face à ces données, il apparaît nécessaire de promouvoir l’utilisation de l’électrothérapie sur la base de preuves scientifiques plutôt que sur la base de la commodité ou de la productivité. Plusieurs répondants au sondage ont aussi déclaré que le manque de littérature sur le TENS justifierait sa sous-utilisation. Pourtant, la littérature actuelle regorge d’études démontrant son efficacité.

En considérant des conditions pour lesquelles les effets bénéfiques sont appuyés par un consensus d’évidences de bonne qualité méthodologique; on constate que la littérature supporte l’utilisation de ce type de courant électrique pour la douleur post-chirurgicale, neuropathique ainsi que pour  la réadaptation neurologique.

Douleur post-opératoire

Selon un essai clinique randomisé réalisé par Fiorelli et coll. en 2012 sur 46 patients, le TENS (80 Hz; 250 s; 30 min. aux 4 heures durant les 48 premières heures) soulagerait efficacement les douleurs après une chirurgie thoracique.

Cette étude montre que les patients traités avec cette modalité ont une réduction significative de la douleur rapportée sur l’échelle visuelle analogue, une diminution de la consommation de morphine, ainsi qu’une amélioration de la fonction respiratoire par rapport au groupe contrôle.

Le TENS serait également suggéré dans des cas de cholécystectomie par laparoscopie, d’arthroplastie totale de hanche et de chirurgie abdominale.

Douleur neuropathique

Une revue systématique de plusieurs études par Stein et coll. en 2013 conclut que le TENS serait efficace et sécuritaire pour soulager les symptômes de la neuropathie diabétique.

En particulier, l’essai clinique randomisé de Kumar et coll., (1998) conduit sur 23 patients prenant déjà de l’amitriptyline (Elavil : antidépresseur également utilisé dans le traitement de certaines douleurs neuropathiques) démontre les effets antalgiques supplémentaires avec l’électrothérapie utilisée comme adjuvant. En effet, l’utilisation du TENS (2-70 Hz; 400 s; intensité  35 mA; 30 min. quotidiennement pendant 12 semaines à domicile) produit une réduction supplémentaire significative de la douleur par rapport au groupe placébo. Après 4 semaines de traitement, le groupe montre une réduction de la cote de douleur sur 5 à l’échelle visuelle analogue  plus importante que celle du groupe placébo.

Réadaptation neurologique

Un guide de pratique sur la rééducation fonctionnelle post-AVC (panel d’experts d’Ottawa, 2006)  suggère d’utiliser la stimulation sensorielle par le TENS  pour améliorer le sens de position, la mobilité et l’équilibre chez ces patients.

À titre d’exemple, l’essai clinique randomisé de Kim et coll. en 2013 a démontré que le TENS (100 Hz; 200 s; intensité de 2 à 3 fois le seuil sensoriel; stimulation au niveau des extenseurs du carpe et du triceps brachial; 30 min. par jour; 5 jours par semaine; pour 4 semaines) augmente les effets de l’entraînement orienté vers la tâche pour améliorer la fonction motrice au membre supérieur atteint. Dans cette étude, l’amélioration de la fonction motrice au membre supérieur parétique a été objectivée à l’aide des évaluations de Fugl-Meyer, du Box and Block test et un test de fonction manuelle.

Force est de constater que plusieurs études supportent l’utilisation du TENS dans diverses conditions rencontrées en réadaptation. Le clinicien se doit de prendre davantage sa place en tant que spécialiste de cette modalité en demeurant à jour en ce qui a trait aux évidences scientifiques. À notre avis, il doit aussi envisager l’enseignement de cette application thérapeutique à ses patients afin que ces derniers puissent l’utiliser eux-mêmes dans leur vie quotidienne, puisque les preuves de son efficacité sont là.

De plus, l’utilisation des courants à domicile permettrait de consacrer une plus grande proportion du temps de thérapie en clinique pour l’application des traitements nécessitant un contact un à un avec le patient. Une telle approche permet de bénéficier des bienfaits de cette modalité tout en réservant le temps de thérapie pour des interventions plus actives.

À présent, pensez-vous revoir l’usage que vous faites du TENS avec la clientèle que vous traitez?

Pour en savoir plus


Le TENS serait efficace dans d’autres conditions. Consulter le site d’Electrologic comme ressource à ce niveau. Electrologic fournit des informations concernant les contre-indications et précautions relatives au TENS.