L’échographie en physiothérapie fait son entrée au Québec

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07 janvier 2015 / Par / 0 Commentaire

De plus en plus utilisée à travers le monde par les professionnels de la physiothérapie, l’imagerie par ultrasonographie se taille une place dans les milieux cliniques québécois. Si cette forme d’imagerie n’est pas nouvelle, on recommence tout juste à en apprécier le potentiel orthopédique en Amérique du Nord. Peu couteuse et efficace, elle offre de nombreuses possibilités en réadaptation.

Les suivis de grossesse l’ont rendue célèbre et elle fait maintenant partie du vocabulaire de nombreux parents. Loin d’être réservée au domaine de l’obstétrique, l’échographie fait partie des examens de routine dans les salles d’urgence, en anesthésie, en neurologie, en chirurgie générale, endocrinologie et depuis peu, en réadaptation.

Cette technique d’imagerie permet de visualiser certaines structures anatomiques à faible coût et avec une excellente précision, pour peu que l’opérateur soit entrainé. Pas étonnant qu’une dizaine de cliniques de physiothérapie l’utilise déjà au Québec et que quelques départements en réadaptation en milieux hospitaliers commencent à partager l’accès de leur département de radiologie.

Pour le professeur agrégé au département de physiothérapie de l’Université de Montréal, Dany Gagnon, l’imagerie par ultrasonographie en physiothérapie est en émergence partout dans le monde, et particulièrement dans la belle province. « Cette technique d’imagerie nous donne enfin la chance, comme physio, de pouvoir visualiser les structures que l’on traite, explique le physiothérapeute. On traite des tendons, des muscles, des bourses, mais jamais on n’y a accès visuellement. C’est un outil incroyable pour orienter le traitement en physiothérapie, et le Québec est un pionnier en la matière! »

 


Nerf médian capté en proximal du tunel carpien.
Images: Gracieuseté de Philippe Paquette et de l’Université de Montréal.

 

Lorsqu’appliquée dans le domaine musculo-squelettique, l’imagerie par ultrasonographie a démontré son utilité pour établir un diagnostic en physiothérapie, clarifier un plan de traitement et même préciser le lieu d’application des modalités thérapeutiques.

Quelques milieux sportifs en Europe font d’ailleurs appel à la technique sur le terrain lors de blessures, alors que la rapidité décisionnelle est capitale et qu’il est difficile d’obtenir une radiographie ou une résonnance magnétique dans un court délai. L’ultrasonographie permettrait de rapidement déceler une fracture et de retirer l’athlète du match en cas de besoin.

Une technique prometteuse

Une étude-pilote publiée dans la revue Emergency Medecine s’est penchée sur l’efficacité de l’échographie pour déceler les fractures chez des patients se présentant à l’hôpital avec une entorse du pied ou de la cheville. L’article, issu d’une collaboration entre physiothérapeutes et médecins, met en évidence l’efficacité de cette technique pour identifier les patients avec une lésion osseuse.

Les professionnels ont comparé, à l’aveugle, les diagnostics issus de l’ultrasonographie à ceux obtenus par radiographie chez 100 sujets. 10 des 11 patients présentant effectivement une fracture ont été identifiés par échographie. Selon les auteurs, la fracture non identifiée a finalement pu être visualisée avec un ajustement du lieu de l’application de la sonde.

Le groupe de chercheurs conclue que l’ultrasonographie est une alternative peu couteuse et sans radiation à la radiographie conventionnelle pour identifier une fracture du pied ou de la cheville. Toujours selon les auteurs, cette technique d’imagerie présenterait donc un intérêt économique certain, puisqu’elle pourrait diminuer de 80 % le recours à la radiographie dans certaines circonstances.

Comment fonctionne l’échographie quantitative en physiothérapie? Le physiothérapeute et doctorant à l’Université de Montréal, Philippe Paquette, explique quelques principes pour effectuer un tel examen.

Les enjeux soulevés

Les avancements technologiques des dernières années et la baisse des prix rendent l’échographie musculo-quelletique de plus en plus accessible aux cliniciens. Des appareils qui permettent de générer des images de bonne qualité ont vu leur taille grandement diminuée, ce qui permet de les intégrer facilement dans un environnement clinique.

La pénétration de cette forme d’imagerie médicale dans de nouvelles sphères professionnelles soulève toutefois des questions auprès des ordres et des associations professionnelles, des décideurs publics et des compagnies d’assurances.

L’Ordre des technologues en imagerie médicale et en radio-oncologie du Québec (OTIMRO) a émis des réserves quant à l’utilisation de l’échographie dans le domaine de la physiothérapie, notamment au niveau de la production d’images pour un tiers.

Une entente survenue entre l’OPPQ et l’OTIMRO en avril 2012 met en lumière les inquiétudes de l’organisme : « Dans le cadre de leurs activités réservées, les membres de l’OTIMRO utilisent différentes sources d’énergie en imagerie médicale et en radio-oncologie à des fins diagnostiques et thérapeutiques. Parmi les différentes sources d’énergie utilisée, l’échographie occupe une place importante. »

L’OPPQ a donc convenu que ses membres réaliseraient des images par échographie dans le cadre exclusif de leur champ de pratique, et que ces images seraient strictement conservées dans le dossier physiothérapique du client. Elles ne pourraient donc pas être transmises à une tierce personne, ni être effectuées sur ordonnance médicale.

Puisque l’échographie est une technique d’imagerie qui dépend grandement de l’évaluateur, la question de la formation des professionnels soulève des interrogations. Au Québec, aucune attestation officielle ne garantit la qualité des examens effectués par les professionnels autres que les médecins et les techniciens en radiologie. Comment donc s’assurer que ces examens soient effectués par des opérateurs compétents?

Cet aspect n’est pas propre au Québec, puisque la question est soulevée un peu partout en Amérique du Nord. Dans ses lignes directrices de février 2014, l’American Institute of Ultrasound Medicine recommande aux cliniciens des États-Unis de compléter un programme de résidence qui comprend plus de 100 diagnostics sous la supervision d’un professionnel qualifié. L’Organisme est constitué de médecins et de chiropraticiens. Au Canada, il est cependant possible d’obtenir une accréditation par Échographie Canada, un organisme national destiné aux techniciens en radiologie et à certaines spécialités médicales.

Qui rembourse?

Plusieurs compagnies d’assurances limitent actuellement le remboursement d’échographie musculo-squelettique afin d’en limiter les coûts. Au Québec, la RAMQ ne défraie que celles effectuées en milieu hospitalier. Il en va de même pour les tomographies axiales commandées par ordinateur (TACO) et les résonnances magnétiques (IRM).

Une entente était toutefois sur le point d’être conclue entre le gouvernement du Québec et l’Association de médecins spécialistes en 2013 pour le remboursement de l’imagerie par ultrasonographie en clinique privée, ce qui aurait pu ouvrir la porte au remboursement pour d’autres professionnels. Le changement de gouvernance et les restrictions budgétaires auront eu raison des démarches.

L’échographie musculo-squelettique possède un réel potentiel de réduction des coûts puisqu’un examen coûte en moyenne 200 $, contre 700 $ pour une IRM en milieu privé. L’examen effectué directement chez le professionnel présente l’avantage d’être instantané, en plus d’éviter une attente et un aller-retour du patient pour élaborer un plan de traitement.

Ce type d’imagerie diagnostique en orthopédie présente de nombreux avantages à première vue, mais il n’existe pas à ce jour d’étude coût-bénéfice pour une utilisation à grande échelle. Cette technique est toutefois à la portée des professionnels de la physiothérapie, qui pourront peut-être bientôt rejoindre les dentistes, les médecins et les chiropraticiens québécois en incluant l’imagerie médicale dans leur pratique de tous les jours.