Quels clients référer en rééducation périnéale et pelvienne?

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30 mars 2015 / Par / 0 Commentaire

Collaboration de Joanie Mercier, pht, M.Sc., étudiante au doctorat à l’École de réadaptation de l’Université de Montréal et Chantale Dumoulin, titulaire de la Chaire de Recherche du Canada Santé Urogynécologique et vieillissement.

La rééducation périnéale et pelvienne est de plus en plus répandue au Québec. Selon le site de l’OPPQ, on compte maintenant environ 240 physiothérapeutes qui œuvrent dans ce domaine, de Rouyn-Noranda à Gaspé. De nos jours, la majeure partie de ce service de physiothérapie est offert en milieu privé, mais on voit apparaître de plus en plus de thérapeutes en pratique publique se spécialiser dans ce domaine.

La rééducation périnéale et pelvienne est l’approche de la physiothérapie qui traite les dysfonctions pelvi-périnéales et plus spécifiquement celles de la musculature du plancher pelvien. Ces muscles s’étendent comme un hamac entre le pubis et le coccyx et sont innervés principalement par le nerf pudendal (honteux). Leur rééducation peut aider à améliorer ou même à corriger plusieurs problématiques.

Si vous pensez avoir un client qui souffre d’une de ces dysfonctions, n’hésitez pas à lui proposer la rééducation périnéale et pelvienne. Ça pourrait changer sa vie et du même coup, améliorer sa participation à sa réadaptation.

Les problèmes reliés à la vessie

L’incontinence urinaire, qui se définit comme toutes fuites involontaires d’urine, touche 20 à 60% des femmes ainsi que 5 à 34% des hommes. Les principaux types d’incontinence urinaire traités en rééducation périnéale et pelvienne sont l’incontinence urinaire d’effort, l’incontinence urinaire d’urgenturie et l’incontinence urinaire mixte.

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20 à 60% des femmes et 5 à 34% des hommes souffrent d’incontinence urinaire.

L’incontinence urinaire d’effort est caractérisée par une perte involontaire des urines survenant lors d’une augmentation de pression intra-abdominale. Cet incident surviendra, par exemple, en toussant, en éternuant, en soulevant une charge ou en sautant. Le traitement de l’incontinence urinaire d’effort consiste principalement à renforcer les muscles du plancher pelvien afin qu’ils puissent mieux occlure l’urètre lors d’augmentation de pression intra-abdominale mais également afin d’améliorer leur tonus musculaire, ce qui assurera un meilleur soutien de l’urètre et de la vessie lors de l’effort.

L’incontinence urinaire d’urgenturie, quant à elle, est définie comme une perte involontaire des urines associée à un besoin urgent d’uriner. Les personnes qui en souffrent ressentiront, par exemple, des envies pressantes en rentrant à la maison ou en mettant les mains dans l’eau qui pourrait même mener à une fuite urinaire. Le traitement de l’incontinence urinaire d’urgenturie   consistera aussi en un renforcement des muscles du plancher pelvien mais en plus à une rééducation de la vessie pour contrôler l’hyperactivité vésicale.

L’incontinence urinaire mixte se définit comme l’association de l’incontinence urinaire d’effort et d’urgenturie chez une même personne et se traite donc en tenant compte des deux symptomatologies.

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L’énurésie nocturne est un problème relié à la vessie chez les enfants de 5 ans et plus qui se caractérise par des mictions involontaires la nuit au moins 3 fois par semaine.

Chez les enfants, les problèmes reliés à la vessie peuvent survenir comme des mictions involontaires pendant la nuit, ou pipi au lit, et qui surviennent au moins 3 fois par semaine chez les 5 ans et plus en l’absence de problèmes du système nerveux central. Il s’agit de l’énurésie nocturne. Ces jeunes peuvent également souffrir de symptômes d’hyperactivité vésicale qui diminue la capacité de retenue et augmente la fréquence des visites à la toilette (pollakyurie).

Les cliniciens avec une formation avancée en rééducation périnéale et pelvienne peuvent aider ces enfants et leur famille par l’enseignement et la modification de certaines habitudes de vie et de positions à la toilette en plus d’utiliser un calendrier mictionnel, des exercices des muscles du plancher pelvien et d’instaurer un système de récompense. Une alarme sonore, visuelle ou vibratoire peut également être utilisée dans les cas d’énurésie nocturne pour normaliser la fréquence et l’horaire des mictions.

Les prolapsus

Les prolapsus pelviens consistent en une perte de support d’un organe pelvien (la vessie, l’utérus ou le rectum) entraînant sa descente à l’intérieur du vagin. Cette affection qui touche une femme sur trois entraîne fréquemment les symptômes suivants : des lourdeurs et des douleurs au niveau vaginal, des pressions dans la région lombaire, une sensation de présence au niveau vaginale ainsi qu’une impression d’évacuation incomplète suite à une miction ou une défécation.

Les traitements des prolapsus pelviens dépendent de leur sévérité. Un renforcement des muscles du plancher pelvien peut être envisagé dans les premiers stades afin d’améliorer le soutien des organes et ainsi prévenir la progression de leur descente, réduire la fréquence et la sévérité des symptômes, éviter ou retarder une chirurgie et même dans certains cas, réduire le stade du prolapsus pelvien.

Les physiothérapeutes formés en rééducation périnéale et pelvienne peuvent également encadrer, en collaboration avec un médecin, l’utilisation d’un pessaire qui est une petite prothèse vaginale aidant à soutenir les organes. Finalement, la chirurgie est envisagée en dernier recours. Des exercices post-opératoires des muscles du plancher pelvien sont recommandés afin d’assurer la réussite à long terme de cette intervention.

Les douleurs vulvo-vaginales

Les douleurs vulvo-vaginales sont des douleurs ressenties dans la région de la vulve, du vagin et du clitoris. Celles-ci touchent jusqu’à 28% des femmes de tous âges. Les causes à l’origine de ces douleurs sont encore imprécises. Les hypothèses évoquent des problèmes musculosquelettiques, des déchirures secondaire à l’accouchement, des névralgies, des réactions allergiques, des infections vaginales répétées ou la médication. Les muscles du plancher pelviens peuvent être également en cause en se contractant involontairement sous forme de spasme musculaire lorsqu’il y a une douleur ressentie dans cette région, ce qui empêche ou rend douloureux toute pénétration vaginale.

Le traitement en rééducation périnéale et pelvienne consiste principalement à diminuer les tensions au niveau des muscles du plancher pelvien en effectuant des étirements et des techniques de tissus mous. Il vise également à améliorer le contrôle musculaire en effectuant des exercices de contractions et de relaxations. De plus, certaines techniques de dilatation seront utilisées pour désensibiliser l’entrée vaginale et pour favoriser la reprise graduelle des relations sexuelles sans douleur. Les massages peuvent diminuer les adhérences causées par une cicatrice et minimiser la douleur.

L’incontinence fécale et de gaz

L’incontinence anale se définit par une perte involontaire des matières fécales ou des gaz. Elle touche jusqu’à 15% des femmes et des hommes. Cette problématique peut être en lien avec une faiblesse des muscles du plancher pelvien ainsi que des sphincters anaux. Le renforcement de ces derniers permettra d’augmenter le tonus et la force de fermeture de l’anus tandis que le renforcement plus global des muscles pelviens permettra de refermer l’angle entre l’anus et le rectum, ce qui aidera à la continence fécale et de gaz. Une rééducation avec un ballonnet peut également être entreprise pour les personnes ayant une hypersensibilité rectale.

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Dans le cas de constipation chronique, le traitement comprend des exercices de renforcement, de coordination et de relâchement des muscles du plancher pelvien.

La constipation

De 15 à 30% des canadiens sont aux prises avec la constipation chronique. Les personnes qui souffrent de constipation présentent les symptômes suivants : devoir pousser de façon importante lors de la défécation au moins une fois sur quatre, avoir des selles dures ou granuleuses, avoir une sensation d’évacuation incomplète, avoir une sensation de blocage ou  devoir mettre un doigt dans le vagin ou l’anus pour aider au passage des selles.

Les personnes constipées peuvent également aller à la selle moins de trois fois par semaine. La constipation peut être créée par un problème organique, fonctionnels d’origine colique ou encore fonctionnels d’origine obstructive.

Selon la ou les causes, les traitements peuvent comprendre des exercices de renforcement et/ou de coordination des muscles du plancher pelvien ainsi que des techniques de relâchement musculaire. Une rééducation à l’aide d’un ballonnet peut être également effectuée afin d’augmenter la sensation de selle au niveau du rectum. Dans tous les cas, un enseignement doit être fait à propos des habitudes de vie et de la position à prendre à la toilette.

Les douleurs anales

Les douleurs anales peuvent êtres causées par de l’hypertonie musculaire, de la névralgie, une dysfonction coccygienne, des adhérences et des tissus cicatriciels résultant d’une chirurgie urologique ou colo-rectale. Les traitements en rééducation périnéale et pelvienne variera selon la cause mais peut comprendre, entre autre, du relâchement musculaire, de la mobilisation des tissus conjonctifs, l’utilisation du TENS, des mobilisations neuronales et des exercices de contrôle des muscles du plancher pelvien.

Changer des vies

Les physiothérapeutes ayant une formation spécialisée en rééducation périnéale et pelvienne ont donc un champ d’action très varié. Ils  peuvent également aider des clientèles neurologiques, gériatriques en institution, pré et post-natales ainsi que masculines ayant des dysfonctions sexuelles.

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Chantale Dumoulin, chercheure et directrice de laboratoire, titulaire de la Chaire de Recherche du Canada Santé Urogynécologique et vieillissement.

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Joanie Mercier, physiothérapeute, M.Sc., étudiante au doctorat en Sciences de la réadaptation à l’École de réadaptation de l’Université de Montréal.

Il existe également des projets de recherche qui vise à traiter certaines conditions spécifiques, et qui sont par le fait même gratuits. Par exemple, un vaste essai clinique randomisé en cours au Laboratoire incontinence et vieillissement du Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal recrute actuellement des femmes âgées de 65 ans et plus ayant de l’incontinence urinaire pour évaluer l’efficacité de deux programmes d’exercices des muscles du plancher pelvien pour le traitement de cette problématique.